LA FORMATION EN GÉOTECHNIQUE : PERPÉTUER ET INNOVER EN MÊLANT THÉORIE ET PRATIQUE - <p>Courbe de chargement d’une fondation superficielle.© Fahd Cuira</p>
23/05/2024

LA FORMATION EN GÉOTECHNIQUE : PERPÉTUER ET INNOVER EN MÊLANT THÉORIE ET PRATIQUE


Les deux familles d’approche pour appréhender le comportement d’une fondationprofonde – approche empirique ou « directe (à gauche) vs approche théoriqueou « indirecte » (à droite).
Les trois niveaux complexité pour la modélisation des ouvrages géotechniques.

La géotechnique est une science de l’ingénieur passionnante située à la croisée des chemins entre des disciplines
théoriques et expérimentales : géologie, mécanique des sols et des roches, mécanique des structures, hydrogéologie,
essais expérimentaux, techniques d’exécution, instrumentation, etc. Manipuler ces différentes disciplines requiert, d’une part, des bases scientifiques solides, d’autre part, une pensée critique et une capacité d’innovation permettant de tirer profit de l’expérience acquise sur le terrain. La formation en géotechnique, initiale ou continue, doit permettre de développer et d’entretenir cette double compétence.

LA FORMATION EN ÉCOLE D’INGÉNIEURS : ENSEIGNER LES FONDAMENTAUX ET SENSIBILISER SUR LEURS LIMITES PRATIQUES

 

En complément des enseignements théoriques de mécanique des sols et des roches, préparer les étudiants à relever les défis réels de l’ingénierie géotechnique oblige à les sensibiliser sur l’importance
d’une bonne caractérisation du sol, qu’il convient d’adapter, d’une manière rationnelle, au problème géotechnique rencontré. L’enseignement de la géotechnique doit également se positionner sur les modèles numériques dont l’utilisation a connu un essor important ces dernières décennies. Une
bonne maîtrise des concepts théoriques liés aux différents modèles de comportement et à la rhéologie des sols est alors un prérequis indispensable. L’attention devrait toutefois être attirée sur la difficulté
de disposer, dans la pratique, de tous les paramètres nécessaires pour alimenter ces lois de comportement : la réalisation d’essais mécaniques en laboratoire, aptes à caractériser le comportement du sol pour différents chemins de chargement et différents niveaux de déformation se révèle souvent incompatible avec la nature de certains terrains (ou tout simplement avec le budget ou les enjeux de l’opération). L’obtention d’une loi de comportement « intrinsèque » pour le sol apparaît alors illusoire.
La formation en géotechnique doit aussi éclairer sur les limites (pratiques) d’utilisation des concepts théoriques de mécanique des sols en lien avec la réalité des problèmes géotechniques :

  • un « cas d’école » est celui d’une fondation superficielle : la mécanique des sols nous enseigne que le comportement d’un sol n’est pas élastique et que sa modélisation requiert en toute rigueur des lois de comportement complexes et des essais de laboratoire appropriés. Toutefois, le dimensionnement pratique des fondations fait appel à des marges de sécurité (de l’ordre de
    2 à 3 par rapport à la charge de rupture) qui permettent implicitement un travail du sol dans le domaine « élastique » où il est légitime de négliger les déformations plastiques (et de fluage). La théorie de l’élasticité (linéaire ou non linéaire) se révèle alors suffisante pour apprécier les tassements et les contraintes induits par la fondation ;
  • un autre exemple est celui d’une fondation profonde pour laquelle le mode de mise en oeuvre à une influence fondamentale sur l’état de contraintes du sol et par conséquent sur sa capacité
    portante. La performance des modèles théoriques dérivés de la théorie de la plasticité pour estimer la capacité portante se révèle alors insuffisante pour rendre compte des comportements
    réellement observés. Ce constat fait privilégier dans la pratique le recours à des modèles « directs » calibrés sur des essais de chargement en vraie grandeur.

 

LA FORMATION CONTINUE EN GÉOTECHNIQUE : PERPÉTUER, CAPITALISER ET INNOVER

 

La formation continue en géotechnique peut s’entendre de différentes manières : il peut s’agir, d’une part, de celle prodiguée aux ingénieurs tout au long de leur carrière, et, d’autre part, de celle que dispensent les ingénieurs euxmêmes.
Ces deux pans de la formation sont essentiels au sein d’une entreprise.
Cette démarche doit dans tous les cas répondre à trois objectifs :

  • perpétuer les connaissances pour ne pas oublier comment les principes de reconnaissances des sols et des roches, les méthodes de calcul, les démarches de dimensionnement et de justification des ouvrages ont été élaborés ;
  • capitaliser sur l’expérience acquise en vue de cultiver les ordres de grandeur, contrôler la pertinence des dimensionnements, et adapter le choix du modèle géotechnique au problème étudié : par exemple, estimer le tassement derrière un écran de soutènement requiert, de
    par la complexité des chemins de chargement, un travail de caractérisation plus approfondi et une loi de comportement bien plus élaborée que celle qui serait nécessaire pour estimer le tassement sous une fondation superficielle ;
  • innover pour que l’ingénieur en géotechnique puisse faire face aux enjeux quotidiens (des problèmes parfois mal posés, des données insuffisantes et un dimensionnement pouvant admettre plusieurs solutions) et ceux de demain : l’empreinte carbone des ouvrages géotechniques, leur résilience face aux dérèglements climatiques, leur maintenance, la transition numérique, etc.
    Vis-à-vis de ces différents enjeux, la formation oblige l’ingénieur qui la dispense à se poser des questions sur ses pratiques actuelles et lui permet aussi de bénéficier du retour d’expérience
    des participants. La formation est aussi un lieu pour rappeler que le calcul est un outil et non un objectif en soi, et qu’à défaut d’un étalonnage sur des ouvrages réels, l’utilisation de modélisations numériques complexes n’est pas forcément synonyme d’une bonne conception et ne permet pas nécessairement d’améliorer les prévisions.

 

LA FORMATION GÉOTECHNIQUE À TERRASOL


Leader reconnu dans le domaine de l’ingénierie géotechnique en France comme à l’international, Terrasol s’investit fortement dans les actions de formation, d’enseignement et de publication
scientifique. Animés par l’envie de transmettre et d’inspirer la passion pour la géotechnique, les ingénieurs et experts de Terrasol interviennent dans plus de 18 écoles et universités. En parallèle, en tant qu’organisme de formation, Terrasol dispense aujourd’hui près de 50 sessions par an avec plus
de 450 ingénieurs formés en 2023.
Les actions de formation proposées sont à la fois orientées vers la théorie et la pratique et couvrent l’établissement d’un programme de reconnaissances géotechniques, la modélisation numérique, l’utilisation des normes de dimensionnement, etc. Le lien entre démarche théorique et démarche empirique est particulièrement souligné de manière à donner aux ingénieurs le plus large éventail possible de méthodes permettant de concevoir les ouvrages : les méthodes de dimensionnement les
plus complexes ne sont pas toujours les plus appropriées et certaines méthodes apparemment rudimentaires peuvent s’avérer d’un intérêt certain pour couvrir les configurations courantes. Le mot
d’ordre est le suivant : rien de trop. La géotechnique fournit sans cesse des situations nouvelles. C’est un domaine dans lequel il est possible d’apprendre toute sa vie si on le souhaite. L’infinie diversité des sols et des roches en France, et dans le monde entier pour ceux qui travaillent à l’international,
ainsi que les enjeux actuels de société ne peuvent que renforcer ce sentiment.
Une liberté de réflexion formidable est alors permise à l’ingénieur géotechnicien.


Fahd Cuira et Sébastien Burlon
Terrasol