01/04/2015

LES SITES ET SOLS POLLUÉS : VERS UNE MEILLEURE PRISE EN COMPTE DES FONCTIONS DU SOL


L’approche française en matière de remédiation des sites et sols pollués se base sur la gestion du risque pour un usage donné. Les travaux et dispositions à mettre en oeuvre visent donc à rendre compatibles risque et usage, et sont décidés après une analyse coût-bénéfice réalisée dans le cadre d’un plan de gestion. Cette méthode, à laquelle contribue le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières), permet de trouver un compromis qui assure la protection
des personnes, des biens et de l’environnement, à un coût économiquement acceptable.

Aujourd’hui, toutefois, cette approche considère le sol comme une source potentielle de polluants et l’intègre donc comme telle dans la démarche. Il en résulte deux conséquences importantes : le confinement sur site ou le stockage en installations dédiées de plus de 60 % du tonnage des terres traitées (chiffres 2010 - Ademe, 2012), et le gel de parcelles classées comme problématique et, corrélativement, une préférence donnée à l’urbanisation des terres agricoles. Pour freiner ce gaspillage de matériaux et de surfaces, l’alternative est de considérer les terres traitées comme une ressource valorisable qui, même contaminées, remplissent des fonctions susceptibles d’intéresser les architectes urbanistes en charge de la reconversion des friches.

 

  • Les principes fondamentaux de la remédiation des sites pollués en France

 

En France, selon les textes en vigueur, l’approche retenue repose sur quatre principes : précaution,
proportionnalité des moyens à engager au regard des enjeux à protéger, spécificité au cas par cas et
transparence des choix.
Les deux grands types de situation de gestion à mettre en oeuvre sont : la démarche d’interprétation
de l’état des milieux (IEM) qui permet de s’assurer que l’état des milieux est compatible avec des usages présents déjà fixés (ce qui de facto met en lumière les situations autorisant une libre jouissance des milieux et celles susceptibles de poser un problème) ; et le plan de gestion (PG) qui permet d’agir aussi bien sur l’état du site que sur les usages qui peuvent être choisis ou adaptés.
Les objectifs du PG sont en priorité de traiter les sources de pollution, de limiter les impacts à un coût acceptable, et de s’assurer que les risques résiduels soient satisfaisants. La gestion des éventuelles terres excavées est prise en compte au travers de guides méthodologiques et de recommandations
spécifiques.

 

  • Décontaminer le sol tout préservant ses propriétés

 

Des avancées significatives dans les techniques de traitement des sols pollués, comme la désorption
thermique ou l’oxydo-réduction par injection, favorisent progressivement la dépollution in situ. Les
techniques biologiques sont les plus aptes à préserver les propriétés des sols. Elles utilisent des bactéries, des champignons ou des plantes, mais ne sont pas adaptées à tous les types de contaminants. Les phytotechnologies présentent une certaine facilité de mise en oeuvre et s’intègrent facilement dans un programme paysager, mais on s’interroge sur les niveaux de dépollution qu’elles permettront d’atteindre, la durée du traitement, et l’existence d’une filière de valorisation des végétaux
contaminés.
Ces techniques de dépollution « douces » sont toutefois à encourager afin de limiter l’excavation des
terres et faciliter la remise en fonction du sol après traitement. Dans le pire des cas, la reconstruction du sol peut s’envisager, mais elle demandera un investissement plus conséquent. L’objectif est ici d’intégrer, dès le diagnostic du site, la prise en compte des fonctions du sol (production de biomasse ; stockage, filtration et transformation d’eau, de matières organiques et d’éléments minéraux ; support des activités humaines et constitution d’habitats d’espèces parfois très spécifiques) pour les tourner
en avantage pour le projet de réaménagement.

Les critères qui fondent le choix des techniques de dépollution reposent sur des facteurs techniques
(abattement des concentrations en polluants, durée du traitement…) et financiers, sans prendre
en compte le fait que le sol, même contaminé, est un milieu vivant susceptible de remplir des services
écosystémiques. Aujourd’hui, l’un des enjeux de la recherche est de donner une valeur à ces services
en retenant une série d’indicateurs chiffrables. De telles recherches sont nécessaires pour que la réhabilitation des fonctions de ces sols puisse peser dans le choix des techniques de remédiation.


Philippe Bataillard
Pédogéochimiste de l’unité Sites,
sols et sédiments pollués au BRGM